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Presse

Chronique de Julien Dubarry

Coup de c(h)œur

Ensemble vocal Opus 21, F. Bataille (dir.) – Eglise réformée de la Trinité (XIIIè), dimanche 11 février 2006, 18 h.

Un nouvel ensemble vocal a fait son entrée sur la scène parisienne : l’ensemble Opus 21. Crée en octobre 2006, il est dirigé par Fraçois Bataille et composé d’une vingtaine de chanteurs dont certains font (ou ont fait) partie d’autres ensembles prestigieux. Ce nouveau groupe nous présentait, ces 10 et 11 février, son premier programme. Les nombreux auditeurs (les deux concerts affichaient complet) étaient pour l’occasion invités à une « promenade musicale à la belle époque ».

La belle époque française, c’est bien sûr la fin du XIXème siècle. Dès lors, la tentation de tomber dans la facilité et l’effet immédiat eut été grande. Or, rien de tel dans ce programme, puisque les honneurs de l’ouverture revenaient à Debussy, qui devait céder sa place à Saint-Saens, lequel a du reconnaître un droit de citer à Poulenc, avant que Ravel et Fauré ne viennent clôturer cette promenade. La barre était placée à bonne hauteur. Le décor planté, passons au concert lui-même.

Sur le plan pédagogique d’abord, on louera la présentation orale replaçant chaque compositeur dans son contexte historique, et partant, expliquant son esthétique sans entrer dans le détail musicologique.

Sur le plan de l’interprétation ensuite, force est de constater que le résultat est à la mesure de l’ambition. D’emblée, on est particulièrement impressionné par la réalisation des méconnues et difficiles Trois chansons de Charles d’Orléans, de Claude Debussy. La lisibilité de la polyphonie ainsi que la légèreté et la flexibilité de la ligne de chant sont exemplaires (notamment au niveau de l’exécution des ornementations de la première chanson, jamais forcées et toujours naturelles). Ici domine un sentiment de souplesse qui fait presque oublier la pulsation : sûrement la direction très ample de François Bataille aide-t-elle à aller dans ce sens. Mais cela n’empêche pas l’ensemble de prendre un ton plus théâtral et rythmé (avec un jeu sur les consonnes bienvenu) dans la dernière chanson. Du même compositeur, on a pu aussi entendre « Salut printemps » pour voix de femmes : c’est ici l’équilibre et l’homogénéité entre les deux pupitres qui frappe. On pourra notamment souligner la superbe couleur et homogénéité du pupitre d’alto, habituellement moins bien servi que leurs collègues soprani. Après un interlude pianistique et trois chœurs de Saint-Saens, venait le tour de Poulenc, et notamment son salve Regina. On peut opter dans cette œuvre pour deux conceptions : soit privilégier la verticalité de l’écriture, soit le texte. Ici, la première option a clairement été retenue. Et si on pouvait avoir l’impression que la lame de la guillotine des Carmelites allait tomber à chaque carrure, il n’empêche que les dosages et les nuances étaient respectés à la lettre et que l’exercice de style (le passage instantané de Saint-Saens à Poulenc) a été réussi. Sur Fauré enfin, qui clôturait la soirée, on réservera une mention spéciale à la soliste du ruisseau en raison de sa diction exemplaire. Le dernier morceau, les Djinns, sur un poème de Victor Hugo, a été particulièrement apprécié. La grande théâtralité de cette œuvre et sa partie de piano – tenue efficacement par Marc Bizzini – ne peut pas ne pas faire penser au Roi des aulnes de Schubert. C’est avec une vigueur haletante et un développement de nuances (du pianissimo au triple forte pour revenir au pianissimo) toujours soutenu que l’ensemble exécute cette œuvre, faisant ainsi ressortir le relief de la structure « en losange » du poème. Applaudissements nourris. Bis. Les Djinns reviennent, et repartent… On en aurait redemandé. Ce sera pour la prochaine fois.

Lors de cette soirée, on aura pu apprécier les qualités, collectives mais aussi individuelles, de ce nouvel ensemble avec qui il faudra désormais compter dans la vie musicale. On déplorera toutefois que le prochain concert n’ait pas lieu avant l’année prochaine. Il faudra alors espérer que les organisateurs trouvent un lieu pouvant accueillir davantage d’auditeurs.

Julien Dubarry